30-11-2020 Wouter Polspoel

Quel impact a le coronavirus sur les chantiers ?

Le sujet de cette rubrique ne s’est jamais imposé de manière aussi évidente ; les conséquences du COVID-19 se font en effet sentir aussi sur les chantiers. Les mesures de prévention reprises dans le protocole sectoriel du 7 mai restent encore aujourd’hui le fil rouge pour les entrepreneurs.  À quels principaux inconvénients ceux-ci doivent-ils faire face ? Le virus a-t-il engendré des retards ? Avec quelles conséquences financières ? La crise a-t-elle eu des conséquences positives ? Nous avons posé la question à un entrepreneur des deux côtés de la frontière linguistique.

 

Maintenir la distanciation sociale sauf si c’est vraiment impossible, se laver les mains dès l’arrivée sur le chantier, porter un masque, rester à la maison en cas de symptômes, ne pas partager les outils, se réunir en petit comité et en plein air, procéder plus souvent à un nettoyage, prévoir des moyens de désinfection, un kit EPI pour le personnel travaillant à l’intérieur et des affiches rappelant toutes ces règles : voilà les principales mesures édictées dans le protocole sectoriel du 7 mai, signé par la Confédération Construction, Bouwunie, la FeMa et les syndicats.

« Il est clair que la plupart de ces mesures présentent des désavantages pour un fonctionnement fluide d’un chantier », commente Joris De Kesel, directeur régional chez Willemen Infra pour la région Ouest. « Elles demandent plus d’organisation et sont coûteuses en temps. Deux simples exemples : pour pouvoir respecter la distanciation sociale, il nous faut louer des véhicules supplémentaires, puisqu’un nombre limité de travailleurs peuvent prendre place dans un même véhicule. Pour la même raison, davantage d’abris de chantier et de sanitaires s’avèrent nécessaires. Par ailleurs, nous devons installer des équipements supplémentaires pour pouvoir se laver les mains plus souvent. »

« Nous constatons chez certains ouvriers un sentiment de crainte dès qu’un collègue a le nez qui coule ou ne se sent pas bien », rapporte Bruno Janssen, Directeur de Production chez Thomas & Piron Bâtiment.

 

Retards

Comme le dit Joris De Kesel, les entrepreneurs perdent pas mal de temps à cause du COVID-19. Cela entraîne-il des retards sur les chantiers ? « Quand le coronavirus est arrivé, nous avons d’abord fermé nos chantiers », poursuit-il. « Mais en recherchant très rapidement des procédures et modes d’exécution alignés sur les prescriptions du protocole sectoriel, nous avons pu très rapidement les ouvrir à nouveau. Garantir l’acheminement des matériaux et accorder toutes sortes de plannings ont été les plus importants défis. Nous y sommes heureusement arrivés. Nous voulons d’ailleurs remercier tout le monde. En particulier nos propres collaborateurs qui ont fait preuve d’un incroyable engagement, ce dont nous sommes très fiers. »

« Nous avons perdu plus d’un mois sur l’ensemble de nos chantiers, mais faisons tout pour rattraper le retard », ajoute un Bruno Janssen déterminé.


Conséquences financières

« Outre les nombreux coûts supplémentaires comme à l’achat de masques, mais également le personnel supplémentaire requis pour ne pas accumuler de retard, ainsi que les coûts liés à la mobilité, il y a un second effet négatif sans doute bien plus grave encore pour les finances », explique Joris De Kesel, « je veux parler d’une baisse significative de la demande sur le marché. Certaines estimations citent le chiffre de 30% en moins, ce qui va mettre une énorme pression sur les marges et devenir insupportable pour certaines entreprises… »

 

« Certaines estimations avancent une chute de 30% du marché, ce qui peut signifier la fin pour certaines entreprises. »
Joris De Kesel, Willemen Infra

 

« Concernant les coûts, il n’en va pas autrement chez nous », réagit Bruno Janssen. « Et plusieurs petites entreprises devront sans doute mettre la clé sous le paillasson. Nous avons la chance de faire partie d’une grande entreprise financièrement solide, ce qui fait que la poursuite de nos activités n’est heureusement pas menacée ».


Quelques avantages quand même

Le coronavirus a-t-il, aussi étonnant que cela puisse paraître, des conséquences positives sur les chantiers ? Cela semble le cas.  « Étant donné la crise sans précédent que nous connaissons, je trouve inapproprié de parler d’avantages », relève Joris De Kesel. « Mais il est vrai que nos collaborateurs atteignent et quittent le chantier plus facilement vu l’absence de files – même si nous pouvons déjà parler au passé – et que nous avons appris certaines choses. Ainsi, les réunions en ligne resteront certainement en usage, de même que certains modes d’exécution qui se sont avérés plus performants. »

« Nous avons pris conscience que le port du masque et une hygiène renforcée sur le chantier peuvent contribuer à un environnement de travail plus sûr, aussi après le COVID. Les travailleurs sont eux-mêmes convaincus de l’importance de l’hygiène sur le lieu de travail. Nous voyons aussi que les locaux sociaux sont plus propres car entretenus tous les jours et mieux respectés », conclut Bruno Janssen.


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